Lundi 13 octobre 2008
Buenos Aires, à l'angle des rues Scalabrino Ortiz, -anciennement nommée Cani-, et Santa Fe. Au mois de février, un été chaud et humide.
Et puis, un kiosco, un kiosque à journaux, en fer vert. Une structure simple, métallique, rectangulaire. Le moindre centimètre carré disparaît sous le sein éclaboussé de Gina ou le minou
sauvage de Lola, sujets centraux des revues exposées. Même le cul le plus béni ne pourrait pas éviter de de se rincer l'oeil devant une poitrine plastifiée et huileuse ou une ficelle de
string se léchant les babines entre deux fesses remarquablement écartées. Parfois, un magazinede psychologie fait mouche au milieu de cette partouze journalistique, donnant ainsi une
excuse au pauvre passant pour attarder son regard aimanté sur un pan du kiosco à tendance lesbienne. Disponibles 24h/24, Gina et Lola font les trois huit, accompagnées de leur consoeur du show
business, la sulfureuse et non moins "bistourizée" Susana Gimenez en première page cette semaine, comme les autres semaines, de la prestigieuse revue Caras, le Gala latino. Quand
les starlettes ne sont pas nues, elles sont vieilles, le sourire crispé et le front figé sous les pailettes. De temps en temps on ne sait plus bien si ce sont des femmes, des travelos ou des
transsexuels. Mais entre les plumes, les paillettes et les strings, c'est aujourd'hui Fernanda qui vend d'un air surpris un vieux numéro de Géo sur des gorges qui ne sont faites ni de chaires ni
d'os.
La reina du kiosco de la rue Scalabrini Ortiz. Si elle avait pu se faire lifter, on aurait pu l'imaginer à demie-nue, gainée dans un corset noir à lacets de satin, battre des cils derrière un énorme éventail en plumes d'autruche tout en faisant des ronds de cigarettes pour crever l'air moite d'une chambre de motel de la Panaméricaine. Mais Fernanda vend des journaux, elle a 62 ans, les cheveux courts, des auréoles de mascara sous les yeux, une teinture tirant sur le orange à certains endroits, et n'a pas les moyens de s'offrir un lifting. Parceque son argent, Fernanda, elle le garde précieusement dans la boite à musique que son père lui avait offert quand elle avait 13 ans, pour rejoindre son amant qui habite à Neuquen, en Patagonie. Chaque petit peso gagné est collecté dans cette boite qui n'emet plus aucune musique depuis bien longtemps. Alors c'est assise sur son tabouret, le maté dans une main, la clope dans l'autre et la tête en Patagonie, qu'elle cultive à longueur de journée le secret espoir de l'amour.
La reina du kiosco de la rue Scalabrini Ortiz. Si elle avait pu se faire lifter, on aurait pu l'imaginer à demie-nue, gainée dans un corset noir à lacets de satin, battre des cils derrière un énorme éventail en plumes d'autruche tout en faisant des ronds de cigarettes pour crever l'air moite d'une chambre de motel de la Panaméricaine. Mais Fernanda vend des journaux, elle a 62 ans, les cheveux courts, des auréoles de mascara sous les yeux, une teinture tirant sur le orange à certains endroits, et n'a pas les moyens de s'offrir un lifting. Parceque son argent, Fernanda, elle le garde précieusement dans la boite à musique que son père lui avait offert quand elle avait 13 ans, pour rejoindre son amant qui habite à Neuquen, en Patagonie. Chaque petit peso gagné est collecté dans cette boite qui n'emet plus aucune musique depuis bien longtemps. Alors c'est assise sur son tabouret, le maté dans une main, la clope dans l'autre et la tête en Patagonie, qu'elle cultive à longueur de journée le secret espoir de l'amour.